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Steven Spielberg
Biographie :
Steven Spielberg. Bientôt quarante ans de carrière, vingt-cinq longs-métrages, presque autant de succès. A l’heure où le tant attendu Indiana Jones et le Royaume du Crâne de cristal débarque enfin, retour sur le parcours pavé d’or d’un cinéaste qui aura marqué son temps, engendré une foule d’imitateurs, et malgré tout su se renouveler de décennie en décennie. L’ENFANT PRODIGE
Comme chez beaucoup de grands, l’étincelle du talent de Spielberg se retrouve dès son enfance. Le fils de Leah et Arnold Spielberg, une musicienne et un informaticien, n’a encore que treize ans lorsqu’il réalise Escape to Nowhere, un film de guerre de 40 minutes tourné en Super-8 qui lui vaudra de gagner un prix. Le film est déjà l’aboutissement d’une foule d’autres petits films d’aventure tournés dans son jardin en même temps qu’il représente le premier pas vers Firelight, un long-métrage de 2h20 tourné pour 400$ à l’âge de 16 ans et diffusé dans son cinéma local en Arizona. Au moment du divorce de ses parents, Steven suit son père en Californie où il s’inscrit au lycée avant de tenter plusieurs fois de rentrer, sans succès, à la prestigieuse fac de cinéma de USC. En désespoir de cause, il s’inscrira à l’université de Long Beach.La fameuse anecdote selon laquelle Spielberg aurait revêtu son plus beau costume et se serait muni d’un attaché-case pour tromper le vigile à l’entrée des studios Universal est bien vraie. C’est comme ça que le jeune homme s’infiltrera auprès du département montage du fameux studio et fera ses premiers pas, bien que très discrets, dans la profession. C’est à cette époque, en 1968, qu’il réalise son court-métrage Amblin’, un poème visuel entièrement muet sur la rencontre de deux hippies en route vers une plage paradisiaque. Sid Sheinberg, après avoir vu le film, signe le jeune réalisateur pour un contrat de sept ans dans la branche télévision d’Universal. Sa carrière est donc lancée et le voilà en train de réaliser des épisodes de séries télé, parmi lesquels une aventure de Columbo. LES ANNEES 70
![]() Son premier téléfilm sera tiré d’une nouvelle de Richard Matheson. L’histoire d’un automobiliste aux prises avec un chauffeur de poids-lourd meurtrier, nul ne se doute que Duel est sur le point de lancer un auteur. Tourné en un éclair, le film est un bijou de tension et d’inventivité. Le gros des thèmes qui parcourront ses films suivants est déjà là en filigrane. Devant le succès du téléfilm, Universal le rallongera et le sortira en salles en Europe. Ce qui n’était qu’un produit télé deviendra donc officieusement le premier film cinéma de Steven Spielberg. Le suivant, Sugarland Express, est la reconstitution d’une cavale hautement médiatisée à travers le Texas. Techniquement impressionnant, le film n’est pas parmi les plus mémorables de son auteur. Mais il lui ouvre les portes d’un autre projet autrement plus captivant. Les Dents de la mer, une adaptation du roman à succès de Peter Benchley, ne devait être qu’une petite usine à terreur aquatique hollywoodienne. Ce sera d’abord un cauchemar logistique : le tournage s’éternise, le budget explose, l’équipe rencontre difficultés sur difficultés. La carrière de Spielberg, pourtant si bien partie, pourrait s’arrêter du jour au lendemain. Heureusement, Les Dents de la mer a pris date avec l’histoire. Ce sera le premier film à dépasser la barre des 100M$ de recettes au box-office américain et le premier véritable blockbuster de l’ère moderne. La créativité et la maîtrise de Spielberg aura su faire triompher le potentiel désastre Jaws en une merveille d’horreur sous-marine. 470M$ et quatre nominations aux Oscars plus tard (même si, étrangement, aucune pour Spielberg lui-même) voilà le jeune homme sacré nouveau roi d’Hollywood. Rencontres du troisième type, le descendant du film amateur Firelight, va mettre en place une autre obsession à Spielberg : les extraterrestres. En mêlant les films paranos des années 70 avec son goût du merveilleux, Spielberg signe une œuvre de science-fiction adulte qui lui aussi verra son budget et son planning exploser avant de se rattraper très largement au box-office. Son film suivant, 1941, n’aura pas la même chance. Ce faux pas dans sa carrière témoigne que le cinéma de Spielberg n’est jamais meilleur que dans la croyance et le premier degré. En singeant la mode du Saturday Night Live, il pond un film indigeste, trop long, trop lourd, trop bruyant. Et le succès ne sera pas au rendez-vous, cette fois-ci. A Hollywood, on pourra connaître tous les triomphes du monde, ce ne sera jamais que son dernier film que les gens retiennent de vous. Il est temps pour Spielberg de se remettre en selle. Enter son ami, George Lucas… LES ANNEES 80
![]() Un des vieux rêves de Spielberg aura longtemps été de réaliser un des James Bond. George Lucas, qu’il connaît depuis l’époque de la fac, lui propose un nouveau personnage de son cru : Indiana Jones. Moitié Allan Quatermain, moitié Bond, avec un zeste de Han Solo et de Bogart dans Le Trésor de la Sierra Madre, le personnage sera le héros d’un petit film d’aventures dans l’esprit des serials des années 40. Lucas a déjà pondu avec l’aide de Philip Kaufman un scénario qui lance l’archéologue sur les traces de l’Arche d’alliance. Après plusieurs atermoiements, c’est Harrison Ford qui est choisi pour endosser le costume de Jones. Spielberg se lance dans un tournage aux quatre coins du monde et met en place un schéma qu’il reproduira souvent au cours de sa carrière : il termine les prises de vues en avance sur le planning et sur le budget. Les Aventuriers de l’Arche perdue sort en 1981 et cartonne. Revoilà Spielberg roi du box-office, même s’il n’a pas attendu la sortie pour s’atteler à la réalisation de son prochain film, un conte fantastique à petit budget sur l’amitié entre un garçon et un extraterrestre. Contre toutes attentes, E.T. sort l’année d’après et devient rien moins que le plus grand succès de tous les temps. Avec ce carton (presque) interplanétaire, Spielberg confirme ce qu’annonçait Rencontres du troisième type : il est aussi à l’aise avec le grand spectacle qu’avec l’émotionnel. S’ensuit un retour au pur film de divertissement avec un deuxième Indiana Jones, …le Temple maudit, dont la noirceur par rapport au premier annonce un premier virage dans la carrière de Spielberg. ![]() En 1985 sort La Couleur pourpre, adapté du best-seller d’Alice Walker. C’est sa première tentative d’explorer le drame pur et dur. A travers cette histoire de Noirs dans l’Amérique de la Dépression, Spielberg prend des risques qui finiront par payer. Si le film n’est pas considéré aujourd’hui parmi ses meilleurs, ce fût à l’époque un joli carton dans les salles. La Couleur pourpre reçoit 11 nominations aux Oscars, mais la réussite est en demi-teinte : Spielberg n’est pas nommé et le film repart sans aucune statuette. Deux ans plus tard, Spielberg s’empare d’un autre drame en adaptant le roman autobiographique de J.G. Ballard, Empire du soleil. Cette fois la réussite artistique est totale. Le film combine merveilleusement la soif de tragédie de son auteur avec ses thématiques plus personnelles sur l’enfance et la perte de l’innocence pour aboutir à un film ample, fort, émouvant sans être sirupeux. Le box-office ne l’entendit pas de cette oreille, mais peu importe : Spielberg avait prouvé qu’il avait une palette bien plus large que ses blockbusters le laissaient entrevoir. La décennie 80 chez Spielberg se clôt avec un doublé en 1989, la première fois qu’il sort deux films la même année : à l’été débarque Indiana Jones pour une (à l’époque) Dernière croisade qui renoue avec la gaieté du premier épisode, et en décembre sort le semi-ratage Always, un remake du film de Victor Fleming A Guy Named Joe. LES ANNEES 90
![]() Une autre déception suit Always : ce sera la grosse meringue Hook, qui avait pourtant sur le papier tout pour réussir. En s’emparant de l’histoire de Peter Pan, l’enfant qui ne voulait pas grandir, Spielberg avait en main la recette d’un chef-d’œuvre. Au lieu de ça, son film est un mastodonte encombrant, lourdingue et souvent de mauvais goût. De la même manière que le colossal et décevant 1941 avait été suivi du nerveux Indiana Jones, Spielberg fera passer le goût de Hook avec un « petit » film, du moins à l’échelle spielbergienne, Jurassic Park. Réalisé relativement rapidement, et sans aucune véritable star au casting, cette adaptation du roman de SF de Michael Crichton ramène Spielberg sur son terrain de jeu favori : celui de la pure mise en scène. Si on retient évidemment les prouesses d’ILM dans la création des dinosaures numériques, force est de reconnaître que la tension de l’ensemble vient surtout de l’a sidérante mise en scène de Spielberg. Porté par ses effets spéciaux inédits et la géniale terreur qui s’en dégage, Jurassic Park engrange les dollars et devient le plus gros blockbuster de tous les temps. Mais Spielberg est déjà sur autre chose : il termine en Pologne le tournage d’un petit film qui lui tenait à cœur depuis longtemps : La Liste de Schindler. ![]() Véritable OVNI dans la carrière de son auteur, Schindler va devenir un de ses films les plus respectés. En prenant son courage à deux mains, Spielberg s’attaque au livre de Thomas Kenneally sur les faits et gestes d’un industriel allemand qui avait subrepticement sauvé un millier de Juifs de la barbarie Nazie. Le film dure trois heures, il est en noir et blanc, mais rien ne l’empêche de cartonner et d’enfin ouvrir la porte des honneurs hollywoodiens à son auteur. Le film remporte sept Oscars dont celui du meilleur réalisateur pour Steven Spielberg. Les deux années qui suivent voient Spielberg s’éloigner un temps des plateaux. Il élève sa famille, fonde le studio DreamWorks et participe à la création de la Shoah Foundation, qui a pour but de recueillir à des fins éducatives des témoignages de survivants de l’Holocauste. C’est en 1997 qu’il repart en tournage pour une série de trois films mis en boîte quasi-successivement et sortis en l’espace d’un an. D’abord Le Monde perdu, une suite à Jurassic Park qui témoigne de la nouvelle noirceur post-Schindler de son style. Puis Amistad, un drame historique sur l’esclavage qui ne remplit qu’à moitié son contrat, pourtant prometteur, et enfin Il faut sauver le soldat Ryan, une fresque de trois heures sur la Seconde guerre mondiale qui réussit l’exploit de renouveler rien moins que la manière dont Hollywood met en scène la guerre. S’il ne remporte pas l’Oscar du meilleur film, il permet néanmoins à Spielberg de repartir avec une deuxième statuette du meilleur réalisateur. Et le voilà reparti pour deux nouvelles années sabbatiques. LES ANNEES 2000
![]() Avoir réalisé un film de trois heures en noir et blanc sur la Shoah aurait pu représenter le sommet de la prise de risque pour Spielberg. Il va pourtant réussir, en 2001, à se mettre sur la brêche comme jamais. A la suite du décès de Stanley Kubrick en 1999, le réalisateur annonce qu’il va adapter un des projets du maître, A.I. et le réaliser. Les deux réalisateurs étaient en effet très proches et Kubrick avait plusieurs fois confié à Spielberg que son projet d’adaptation d’une nouvelle de Brian Aldiss correspondait plus à sa sensibilité. C’est pourtant un film en totale rupture de ton avec son œuvre que Spielberg réalise. Froid, dur, d’une cruauté et d’une lucidité bouleversante, le film est à la fois sans concessions, et en même temps en phase avec les thèmes chers à Spielberg. Le résultat sera pour beaucoup déconcertant. Le final, notamment, gêne : est-il terriblement mielleux ? Ou violemment sombre ? Qui, de Kubrick ou de Spielberg, s’exprime dans le film fini ? Le malentendu sera sévère et repoussera à une date ultérieure la reconnaissance que mérite A.I., qui est pour beaucoup rien moins que son meilleur film. ![]() Un autre film de science-fiction suit A.I. : Minority Report. Cette fois-ci, Spielberg adapte Philip K. Dick. Réalisé avant le 11 septembre, le film se révèle furieusement d’actualité dans sa description d’une ville aux prises avec la paranoïa et confrontés au dilemme de la répression. L’alliance a priori contre-nature entre les tourments de Philip K. Dick et l’univers de Spielberg fonctionne à merveille et donne naissance à un film tout aussi riche que A.I. mais plus acceptable pour le grand public. A peine six mois plus tard, changement de ton avec Arrête moi si tu peux, l’histoire vraie de l’imposteur Frank Abagnale. Comme il l’avait fait en transformant Minority Report en l’histoire d’un père éploré par la disparition de son fils, Spielberg réussit à injecter ses thèmes dans Arrête moi… en explorant en détails la relation qui unit Abagnale à ses parents. Il en fera de même avec un autre projet en apparence mineur, Le Terminal, qui se révèle tout à la fois une comedy fish out of the water, une histoire d’amour filial et une observation du rapport entre les Américains et leurs immigrés. En 2005, Spielberg réussit un mémorable doublé. Deux films en six mois, chacun radicalement différent, mais tous deux reliés par une thématique commune. Le premier, c’est La Guerre des mondes. Du roman de H.G. Wells, Spielberg tire non seulement un film catastrophe radical par ses partis pris de mise en scène. Mais il observe assez finement le traumatisme du 11 septembre chez les Américains. Après l’attaque, la riposte. Munich, sous couvert d’évoquer la traque par le Mossad des terroristes responsables de la tuerie des J.O., parle de l’attitude à adopter face à la vengeance et la tuerie. En déguisant à peine son propos, Spielberg évoque encore une fois le 11 septembre et ses conséquences et créé son film le plus polémique, mais aussi un des plus perçants. Ereinté par une partie de la presse lors de la sortie, et attaqué également par une frange de la population juive, Spielberg prendra très mal l’accueil réservé à son film. Comme il le dit lui-même, après les bitter herbs de Munich, il est temps du sweet desert : Indiana Jones IV. ET MAINTENANT ?
![]() Mille fois annoncé, repoussé, démenti… le voici enfin qui arrive : le tant attendu Indiana Jones et le Royaume du Crâne de cristal. Dix-neuf ans après sa dernière excursion, l’archéologue aventurier reprend du service. Les changements dans le style et le ton de Spielberg depuis le dernier film laissaient songeur par rapport à la direction que prendrait ce nouveau volet. Apparemment, tout semble parfaitement en phase avec les trois premiers épisodes. La question est de savoir ce qui viendra après. Le premier projet sur le feu semble être Tintin. Réalisé en performance capture, cette adaptation de Hergé se veut le premier film d’une trilogie dont le deuxième film sera réalisé par Peter Jackson. Le « tournage » doit avoir lieu en septembre de cette année. Un autre projet imminent est Trial of the Chicago 7, un film de procès sur l’Amérique contestataire des années 60. Ce film verra-t-il le jour à temps pour sortir en décembre, la saison des Oscars ? Un autre projet traîne depuis longtemps dans les tiroirs de Spielberg : une biographie d’Abraham Lincoln. Liam Neeson a été casté dans le rôle du Président et le tournage avait déjà été annoncé pour 2007 avant d’être repoussé. Peut-être sera-t-il mis en boîte pour une sortie fin 2009 ? Enfin, Interstellar, écrit par Jonathan Nolan d’après les travaux de l’astrophysicien Kip Thorne se veut un film de science-fiction sur les possibilités de voyages offertes par les « trous de verre » spatiaux. Deux drames historiques, un film de science-fiction, un dessin animé. La frénésie créatrice de Spielberg a de quoi se nourrir… |
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